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 Recherches sur le Bois Saint-Martin appelé jadis "Forêt de Noisy"

Le bois Saint-Martin, était appelé avant sa donation en 1096 au prieuré de Saint-Martin-des-Champs de Paris la « Forêt de Noisy ». C’était un vestige de la grande forêt de Lauconia silva qui recouvrait l’ouest de la Brie à l’époque gauloise.

La proximité de la villa gallo-romaine puis mérovingienne de Noisy-le-Grand en fit certainement un lieu de chasse idéal pour les rois de la première race résidant souvent dans leur villa de Chelles.

Noisy-le-Grand et le bois Saint-Martin firent partie, à la fin de l’époque carolingienne, de la seigneurie de Gournay-sur-Marne donnée en 946 par Hugues le Grand, père de Hugues Capet à un seigneur nommé Aimon. Celui-ci descendant de plusieurs comtes de Paris, à l’occasion de son mariage avec Elisabeth, fille de Lisiard (Le Riche). Il reçut en même temps le comté de Corbeil.

Aimon est le personnage qui donna son nom à la célèbre chanson de geste "Les quatre fils Aimon". C'est leur image que nous avons adoptée pour figurer sur le blason de notre Société Historique.

Un peu avant 1060, un seigneur, Milon 1er Le Riche, de qui dépendait Noisy-le-Grand, fut accusé de forfaiture envers le Roi de France. Ses terres furent confisquées, et en particulier celle de Noisy-le-Grand qui fut érigée en seigneurie et donnée par le Roi aux moines de Saint-Martin-des-Champs de Paris, de l'ordre de Cluny. Cette charte est signée en 1060 par Henri 1er et son fils Philippe 1er associé au trône.

La Forêt de Noisy, comme les fiefs de Villeflix, de Normandie, de la Barre ainsi que les droits de rivière ne firent pas partie des terres de Noisy-le-Grand qui furent confisquées à Milon 1er le Riche, d’autres seigneurs en étaient possesseurs.

On ne sait pas par quels héritages successifs ou donations la Forêt de Noisy-le-Grand se retrouve dans les mains de Foucaud seigneur de Bry-sur-Marne, que l’historien G. Estournet identifie avec Foucaud II de Montmorency Saint-Denis. Ce dernier fait don, en 1096, au prieuré de Saint Martin des Champs de Paris de cette forêt de Noisy. La donation est sans doute due à la préparation de la croisade prêchée par Pierre l'Ermite.

Ü En 1101, Ode, Evêque de Paris, reconnaît devant Guillaume, prieur de Saint-Martin-des-Champs, que la forêt de Noisy appartient complètement aux religieux de Saint Martin et qu’elle est entièrement sur le territoire de Noisy-le-Grand.

Ü Un peu avant 1106, Ansoud de Bry, qui voulait récupérer les bois donnés par son père Foucaud, renonce à ses revendications sur la Forêt de Noisy. Signent : Milon, fils d'Hildoin (de la famille Le Riche) ; Yvon de Bry (sur Marne), Gautier, maire de Noisy-le-Grand, Bertrand son fils et Gaucher son neveu. Figurent d’autres signatures.

C'est à cette époque que "la Forêt de Noisy" prend le nom de "Bois Saint-Martin".

Ü En 1111, Louis VI le Gros confirme la charte de donation de la Forêt de Noisy-le-Grand aux moines de Saint-Martin.

Ü En 1182-83, les bois de "Noisy-sur-Marne" étant dégradés et presque perdus, l’avouerie (leur protection) est retirée aux moines de Noisy-le-Grand et confiée en foi et hommage à Amaury 1er de Meulan, seigneur de Gournay-sur-Marne et ensuite à ses héritiers, à condition qu’ils soient seigneurs de Gournay.

Cela est assorti des closes suivantes :

1) Il sera établi deux gardes pour la conservation de toute la forêt. Le premier sera nommé par les moines et le second par le seigneur de Gournay. Ils prêteront serment de fidélité et pourront être changés à la volonté de chaque partie, de façon que le droit d’hérédité soit totalement exclu pour la garde de ces bois.
2) Si le seigneur Amaury, ou son garde, trouvait quelqu’un en train de déraciner des arbres ou faire des fouilles dans les dits bois, ses outils lui seraient confisqués et l’amende serait partagée entre le seigneur et les moines.
3) Il ne pourra rien être donné ni accepté concernant le dit bois sans le consentement du prieur et du seigneur de Gournay.
 4) Les trente-six ménages qui dépendent du château de Gournay auront le droit d’y prendre leur bois de chauffage, mais ils devront rester 10 ans révolus sans faire de coupe. Passée cette période, les ventes seront réglées en quatre portions.
5) Tous les dégâts qui seront faits dans la dite forêt seront à la charge du prieur de Saint-Martin et du seigneur Amaury. Les délits commis et les bêtes trouvées mortes dans les bois relèveront de la justice de Noisy.

Au surplus est accordé à tous les habitants de Gournay demeurant entre le pont tournant de Gournay et la porte du moulin Folet ( ?) le droit d’usage et de pâturage, de la même manière que les habitants de Noisy.

Ce document est signé du prieur de Saint-Martin-des-Champs de Paris, d’Amaury 1er Seigneur de Gournay, et de Raoul Seigneur de Champs (sur Marne), Dreux Seigneur de Bry (sur Marne), Jean Seigneur de Beaubourg, Adam seigneur de Vaires (sur Marne), entre autre.

Cette charte montre l’importance que l’on accordait déjà à la forêt à l’époque du roi Philippe Auguste et le soin que l’on en prenait. Il est même étonnant de voir le Roi se permettre de confisquer une propriété à un ordre ecclésiastique puissant, avec pour seul motif son manque d’entretien et sa mauvaise conservation.

Il faut savoir que la forêt était la principale richesse terrienne à cette époque. Elle était ouverte à tous les habitants, mais par contre la justice était très dure pour les braconniers, même en période de famine.

En plus des revenus que l’on tirait de ses futaies et bois taillis il y avait le bois de chauffage, les échalas pour la vigne, les fruits et différentes plantes que l’on y cueillait, le droit de glanage des porcs, dont la viande était la base de la nourriture à cette époque, et le gibier qui était le privilège des seigneurs.

Ü En 1190, devant les protestations des moines, Guillaume de Garlande, tuteur du jeune Amaury II de Meulan, Seigneur de Gournay, dut renoncer devant la Reine mère Alix de Champagne, régente le temps ou son fils Philippe-Auguste était en croisade, aux droits qu’il revendiquait sur la forêt de Noisy. Celui en particulier d’y prendre du bois pour la réparation du pont de Gournay. Le roi de France confirme l’abandon de ces droits en 1191, à son retour de la croisade.

Cette charte est confirmée en 1191 par deux autres, une signée par 4 Bourgeois du collège de la prévôté de Paris et une autre par Idoine, veuve de Guillaume de Garlande.

Ü En mars 1269 sont citées trois chartes d’Amaury II de Meulan, seigneur de Gournay-sur-Marne :

La 1ère contenant la vente faite par lui au prieur de Saint-Martin-des-Champs de la 4ème partie de la forêt de Noisy qu’il tenait d’eux en foi et hommage, pour 1200 livres.

La 2ème de lui-même et de sa femme Marguerite, sous forme de lettre, qui confirme et ratifie la vente précédente.

La 3ème, une lettre dans laquelle il remet au couvent la somme qu’il a reçue de Mathieu de Dammartin pour la vente d'un quart des bois coupés.

Ü De 1336, il existe la copie d’une vente faite le 16 avril par le prieur au profit de Raoul de Bicarit, Maître des Bois à Paris, de 60 arpents de futaies de l’âge de 30 ans, de bois taillis, et de 46 arpents d'un petit bois, appelés Forestel, pour 1033 livres parisis.

Ü En 1516 une instance faite au Châtelet de Paris entre les religieux et Bureau Bernardin, seigneur de Bry sur Marne, au sujet des bois de Noisy donne tort aux moines qui voulaient lui reprendre une partie de bois qu'ils lui avaient vendue.

Ü En 1523, Verdier, tabellion de Gournay, constate que la grande pièce du bois de Saint Martin contient 660 arpents et qu’elle est limitée tout autour par des fossés et par des bornes. Il constate également que les moines vendent la dépouille de leurs bois par portion de 10, 20, 30, 50 arpents et accordent 5 à 6 années pour en faire l’exploitation. Chaque partie prend le nom de son acquéreur : bois de Jean Rémon, des Banneaux, de Jean le Roy, le bois Gaillard, le Bois Lhuillier etc… Il en a été vendu 8 ou 10 arpents, aux nommés Chinon et Doyen demeurant à Bry, qui prennent ensuite le nom de " Bois de ceux de Bry".

Ü En 1553, une commission du Grand Maître des eaux et Forêts décide leur réformation.

Ü En 1563, un rapport d’arpentage précise :
Une Pièce de bois à "Noisy-sur-Marne", clos de fossés, tenant d’une part au chemin de Villiers à Combault, d’autre aux bois de Malnoue et au seigneur de Combault. Le chemin entre eux aboutissant, d’un bout et par le haut à monsieur de la Courneuve et monsieur de Bry, et par le bas aux Yvris de Noisy et au chemin du Bois des Souches ; le tout de 719 arpents.

Par la sentence du 17 août 1665, les Eaux et Forêts condamnent les moines à 48 livres d’amende pour détérioration par eux-mêmes sur leurs propres bois.

Ü 1670, le Prince de Condé, avoué pour le bois Saint-Martin, fait abattre des chênes et baliveaux pour les réparations des bâtiments du Prieuré de Saint-Martin-des-Champs, situé à Paris.

Ü 1707, Le sieur de Bourvallais, Seigneur de Champs-sur-Marne, qui vient d'acheter la seigneurie de Noisy, dont le bois Saint-Martin, aux moines de Saint-Martin-des-Champs fait refaire les limites de bornage et en 1713, il vend à Charles Coutenceau, marchand de bois à Jossigny et à Nicolas Cochard, marchand de bois à Thorigny la coupe et l’exploitation de tous les bois de Noisy.

Ü En 1766 les bois de Saint-Martin sont tenus noblement par Madame veuve Michel, Dame de Champs-sur-Marne et de Noisy-le-Grand. Ils comprennent 650 arpents d'un seul tenant.

Ü En 1788, le bois Saint Martin qui fait partie de la seigneurie de Noisy contient en tout 662 arpents, 96 perches, y compris routes et carrefours totalisant 6 arpents, 59 perches (1). Il est composé pour un quart en essences mêlées de quelques clairières, pour la moitié en arbres de plus de 15 ans, et pour le dernier quart d’arbres de plus de 30 ans.

Dans la matrice du cadastre de Noisy-le-Grand de 1820, le bois Saint-Martin a pour propriétaires : le comte des Graviers, le Baron Louis, ministre des finances, possesseur du fief de la Barre, Monsieur Lamarre, le général Burthe possesseur du fief de la Roche du Parc et Monsieur Jovin qui fut plus tard maire de Noisy le Grand.

Ü En 1820, 21 et 22, Armand Santerre, neveu du célèbre Général Antoine Santerre dit "Le Père du Faubourg" qui participa activement à la prise de la Bastille, achète trois des quatre lots du bois saint Martin, le 4ème lot fut acheté par sa veuve en 1840. C’est lui qui fit construire les bâtiments actuels.

Son second fils, Edmond Santerre, grand amateur comme son père de chasse et de chevaux, aménage le bois Saint-Martin et trace de nouvelles allées. Il fit du bois Saint martin un lieu de chasse prisé par les meilleurs connaisseurs, avec une faune et une flore protégées avec soin.

C’est son frère Ernest Santerre qui a racheté le château de Champs-sur-Marne en 1855.

Le bois saint Martin est resté dans les mains des héritiers de la famille Santerre par alliance avec la famille Petiet, propriétaire actuel.

 


A travers ces nombreux documents, et il y en a certainement d’autres à retrouver, nous pouvons constater le soin qu’ils ont pris pour nous transmettre au cours des siècles le Bois Saint-Martin.

 Il y a presque un millénaire, nos ancêtres avaient déjà conscience de l’utilité de la forêt pour les populations, et que la survie de l’homme dépendait de la protection de la nature.

Il est agréable de constater que les projets présentés par nos élus, le Conseil Régional et les Conseils Généraux, les organismes chargés du Patrimoine et des Espaces verts aillent dans le même sens : les protéger, les conserver et les ouvrir à la population des environs tout en prenant soin de préserver la flore et la faune.

 Jacques Guillard
Société Historique de Noisy-le-Grand, Gournay-sur-Marne et Champs-sur-Marne

[1] Il est intéressant de noter que la superficie varie dans les textes en partie à cause de ventes et d’achats de parcelles mais aussi des différentes valeurs de l’arpent (arpent de Paris, arpent des Eaux et Forêts etc. )

 Sources :  

Recueil des chartes de Saint-Martin-des-Champs, par J. Depoin
Liber testamentorum de Saint-Martin des Champs
Archives Nationales, S 1407 et S 1408
Cartulaire de Gournay-sur-Marne du XIIème siècle
Les Montmorency-Saint-Denis par G. Estournet
« Santerre, Général de la République française » par A. Carro,
Archives de la Sté Historique
Archives privées
AN Z/1 J 1178
AN S 1407
AN S 1408
AD 78 26 J
Toutes ces sources sont consultables à notre centre de documentation situé dans le château de Champs-sur-Marne.

Société Historique de Noisy-le-Grand, Gournay/M, Champs/M
Château de Champs/M, 31 rues de Paris, 77 420 Champs/M
Documentation : J. Guillard

 

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